LE MOT DU BONHOMME AU NEZ ROUGE

 

 

 

Tout a commencé le 6 février 2016 où, installé confortablement sur mon canapé devant France/Italie, je postais sur Facebook une première pensée personnelle à l'égard du rugby. Le lendemain, une autre pensée m'est venue, je l'ai donc publiée en donnant un titre à cette chronique : la minute philosovale.


Très vite aimée et partagée par mes amis, je décidais d'en faire une chaque jour. Challenge certes ridicule, mais en même temps excitant. Encouragé par la suite à en faire un recueil, je convenais alors de ne pas laisser abandonnées sur le web, ces drôles de chroniques.


L'objectif étant de rendre hommage à ce sport qui m'a tant donné. Rendre hommage également aux différents acteurs du rugby, qu'ils soient joueurs, dirigeants, supporters ou autres. Le décor est mon Languedoc natal mais, bien entendu, toute la France peut s'y retrouver.


Mais cette histoire est quand même plus ancienne que ce tournoi 2016. En effet, à l'aube de mes sept ans lors de mon premier match officiel au stade de Vendres contre les Audois de Tuchan, je vécus ma première blessure. Je porte aujourd'hui sur le crâne cette cicatrice qui me fit ce jour-là partir en courant me jeter dans les bras de mon frère Gaby se changeant dans les vestiaires de l'équipe junior locale. Mon sang avait coulé pour la première fois! Cette couleur rouge qui m'inonda les yeux à cet instant se mélangea rapidement au ciel bleu surplombant l'étang de Vendres. Je compris l'importance des couleurs dans ce sport où si mon sang avait coulé il serait d'abord vert et blanc! Cette couleur je l'ai portée bien longtemps. Si le vert symbolise l'espérance, je l'ai sûrement parfois trop confondue avec le verre. Mais mon sang est aussi rouge bleu, les couleurs de mon village Sauvian, et de Béziers ma ville natale où, pour moi à l'époque la cathédrale n'était pas Saint-Nazaire mais bien, Sauclières (ancien stade de Rugby à Béziers). Je vivais donc ma première addiction rugbystrique grâce à cette formidable génération biterroise. D'autres moments m'ont marqué, consolidant ma passion pour ce sport.


Je me souviens d'un voyage en train vers Bordeaux où je vis deux de mes frangins jouer à la belote avec Walter et Claude Spanghero se trouvant par hasard dans la même voiture.
Mon frère Marc, alors cuisinier au Novotel de Narbonne, m'offrait un jour le Midi Olympique signé par toute la sélection austalienne en visite dans le cité Audoise.Je m'internationalisais à cet instant!


Premier supporter de mes trois grands frères quand la JSS ( jeunesse sportive sauviannaise) fut créée, j'étais présent à la première victoire de Sauvian en terre inconnue : Pépieux. Ce jour là, mon frère Jean-Luc marqua le premier essai du club.
J'assistais aussi à la première pénalité tentée du club au village. C'est mon frère Gaby qui aura le courage de s'y coller. Et sous un silence de cathédrale, il s'élança, puis il tapa, et il rata... Le ballon ne séleva que sur cinq mètres!


Mon frère Marc n'était pas sans reste. Un jour, alors qu'il transperça la défense n'ayant plus qu'à aplatir, il plongea en ballon mort, l'arbitre lui refusant avec raison l'essai, ceci dit immanquable !


C'était sûr, le rugby m'accompagnera lontemps.


De l'école de rugby aux juniors de Valras, en passant par tous les clubs avec lesquels j'ai joué et aussi combattu, il me reste aujourd'hui une multitude de Post-it cérébraux, des amitiés sincères où, lorsqu'on se retrouve autour d'un match, nos yeux s'illuminent des moments identiques et uniques vécus chacun de notre côté. Et de cette première cicatrice encore visible sur ma tête émergent aujourd'hui ces pensées philosovales... 

Michel Cazorla